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Jusqu’ici, tout va bien !

France, premier jour du Ramadan de l’an 1447 de l’Hégire !

Aujourd’hui, je jeune

Je prends mon petit déjeuner à l’aube

Je n’écoute pas la radio. Cela fait plus de deux ans que je n’écoute plus et ne regarde plus les infos, ni à la radio, ni à la télévision.

J’écoute France Inter les jours de grève. J’adore la play-list musicale qu’ils diffusent quand ils ne travaillent pas.

Quand il m’arrive, par inadvertance, de tomber sur un journal d’info, je me sens tout de suite agressé. Je détourne le regard, je fuis le son. J’appréhende une énième info sur les malheurs que font subir mes concitoyens musulmans à ce cher pays qu’est la France.

Je suis certain qu’ils vont mettre, cette fois, sur le dos des musulmans, la pénurie d’œufs. Je deviens parano !

Dans mon oreillette, on me dit que je ne suis pas vraiment parano, puisqu’ils l’ont dit à la télé. Si, si. Ils l’ont bien dit. Les musulmans consomment beaucoup d’œufs pendant le Ramadan. S’il n’y en a plus, c’est parce que les musulmans sont nombreux, trop nombreux, de plus en plus nombreux !

Victime consentante du risque complotiste et conspirationniste, je cherche à comprendre le monde dans les réseaux sociaux, à mes risques et périls

Ainsi, j’apprends en ce premier jour du Ramadan, que, l’Assemblée Nationale du pays des droits de l’Homme, des Lumières et des Valeurs Universelles, a rendu hommage à un jeune nommé Quentin mort lors d’une rixe, quelques jours auparavant dans la ville de Lyon. Une minute de silence, soixante secondes de silence pour la mémoire d’un ange qui vient de nous quitter

Quentin était ce qu’on appelle un jeune identitaire. Il faisait partie d’un de ces groupes d’extrême droite qui pullulent à Lyon et qui passent leur temps à faire la chasse à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un « Islamo-gauchiste » !

Quentin était membre d’une mouvance fasciste qui appelle sans ambiguïté à chasser les musulmans de France et à les déporter hors des frontières de l’Hexagone.

Cette même Assemblée qui avait refusé une minute de silence à la mémoire des victimes civiles du génocide de Gaza est debout comme un seul homme pour saluer la mémoire d’un jeune fasciste que personne n’a forcé à s’engager dans cette rixe !

Regretter le décès d’un homme, lors d’une bagarre est une chose, penser à la douleur de ses proches est un devoir qui fait partie de ces sentiments universels qui nous relient, mais de là, à lui rendre hommage au sein de l’enceinte qui représente le peuple français…

Le 10 juillet 1940, l’Assemblée Nationale, réunie à Vichy, votait les pleins pouvoirs à Philippe Pétain. Aujourd’hui, elle rend hommage à un jeune identitaire, membre d’une mouvance qui veut déporter les musulmans hors de France. Il y a de la continuité…

Pendant ce temps, les musulmans de France, inconscients, naïfs ou résilients, cherchent des dattes et des œufs dans les supermarchés

Jusqu’ici, tout va bien !

Les couleurs du coeur

Quand tu contemples une rose qui a blessé un mur et que tu te dis : J’ai bon espoir de guérir du sable, ton cœur verdit…

Quand, par une journée belle comme une icône, tu accompagnes une femme au cirque et que tu es convié à la danse des chevaux, ton cœur rougit…

Quand tu comptes les étoiles, que tu te trompes après la treizième et que tu t’assoupis comme l’enfant dans la bleuté de la nuit, ton cœur blanchit…

Quand tu marches et que tu ne trouves pas le songe allant devant toi comme l’ombre, ton cœur jaunit…

M. DarwichComme des Fleurs d’amandier ou plus loin ( Poèmes)

Sur la frontière…

Il y a quelques années, Michel Warschawski avait écrit un livre intitulé « Sur la frontière ». Il y décrivait ses années de lutte en tant que franco-israélien pour les droits des Palestiniens. Il se définissait comme un homme dont le combat s’est toujours situé à la limite ou à la frontière de deux mondes, de deux espaces, de deux idées, de deux concepts.

Extrait :

La frontière délimite un au-delà, qui effraie et fascine à la fois. Elle est d’abord un lieu de séparation, entre des Etats, entre des communautés, une démarcation entre nous et eux, et de ce fait elle est un élément constitutif des identités et des groupes. « La frontière n’est pas un fait spatial avec des effets sociologiques, mais un fait sociologique qui prend une forme spatiale », écrit Georg Simmel (1), ce qui, évidemment, démultiplie les frontières sur lesquelles, plus ou moins consciemment, on se situe. Elle implique un questionnement permanent sur ce qui « nous » définit, et qui est l’autre, celui qui se trouve au-delà de la frontière. Notre réalité sociologique étant plurielle, nous sommes donc tous entourés de multiples frontières. Encore faut-il en prendre conscience, et pour ce faire combattre la tentation permanente de réduire son identité à une réalité unidimensionnelle. Car ils sont nombreux, ceux qui veulent à tout prix nous pousser à nous définir uniquement en fonction d’un drapeau, d’une seule appartenance, et couper ainsi le monde entre un « nous » ethnique ou national et tous les autres. (…)

La frontière est un lieu de confrontation, « une zone sinistre de domination et de terreur (2) ». Les conflits frontaliers sont souvent destinés à préserver des identités et à défendre leur droit à l’autonomie. Mais elles peuvent être l’expression d’une volonté d’expansion et de négation de l’autonomie de ceux qui se trouvent de l’autre côté. Le faux ami anglais frontier n’exprime pas une limite, mais au contraire, un espace ouvert, prêt à être conquis. (…)

Si elle délimite des territoires, la frontière sépare aussi parfois les êtres humains, selon des lignes de démarcation nationales, ethniques ou religieuses. Ces frontières-là peuvent alors être des espaces de conflits, des espaces d’indifférence, ou, au contraire, des lieux de solidarité, d’échange et de coopération. Les frontières entre Israël et le monde arabe qui l’entoure ont été, depuis cinquante ans, des frontières de haine et de guerre. Là, la frontière agit alors « comme une force physique qui exerce une répulsion des deux côtés (3) ». Quand, au début des années 1990, des perspectives de paix se sont dessinées, c’était pour en faire des murs de séparation, et non des espaces de coopération. (…)

Car la frontière n’est pas seulement un lieu de séparation où s’affirme la différence ; elle peut être aussi un espace d’échange et d’enrichissement, où peuvent se former des identités plurielles. C’est là qu’on fait des rencontres qu’on ne pourrait faire nulle part ailleurs car, bien au chaud au sein de son village ou au cœur de sa tribu, on a toutes les chances de ne croiser que des copies conformes à soi-même, de s’entendre parler dans la bouche des autres et de se conforter dans ses certitudes.

La double nature de la frontière peut donc nous pousser à être à la fois garde-frontière, respectueux de la souveraineté de l’autre, de sa liberté et de son indépendance, et passeur qui œuvre à l’échange et au métissage des réalités humaines que la frontière sépare. Mais il serait erroné de croire que la frontière n’existe qu’entre des Etats ou des communautés nationales. Elle traverse aussi nos sociétés, entre groupes ethniques et communautés culturelles, entre le centre hégémonique et la périphérie des exclus. Ses effets ne sont pas moins pervers, les haines qu’elle suscite pas moins tenaces, que ceux qu’engendrent les frontières extérieures.

Frontière entre l’Algérie et le Maroc ( Saïdia)

Michel Warschawski

Sur la frontière !